Un regard mensuel sur l’économie, les marchés et les grandes dynamiques qui influencent nos décisions de portefeuille.

Gestionnaire de portefeuille principal
May 3, 2026
Saisir les occasions d’investissement à l’échelle mondiale exige de rester bien informés et de comprendre les facteurs qui influencent l’économie, les marchés et les grandes dynamiques qui transforment notre monde. Notre rôle consiste à accéder à une information de haute qualité, à l’analyser avec recul et discernement, puis à en mesurer les impacts concrets pour les portefeuilles de nos clients. Cette lecture des marchés guide l’évolution de nos mandats de gestion privée, encadre nos décisions de portefeuille et renforce notre gestion des risques.
Le mois d’avril fut mouvementé à l’international et les cours de l’énergie poursuivent sur leur volatilité.
Négociations difficiles entre les États-Unis et l’Iran
Alors qu’un cessez-le-feu est en vigueur entre les États-Unis et l’Iran depuis le 7 avril, les négociations piétinent et la demande de Washington à l’effet que l’Iran arrête toute activité de son programme nucléaire pour 20 ans n’est absolument pas acceptable, ou du moins non envisageable pour Téhéran si bien qu’une rencontre de négociations au Pakistan fut cancellée à la dernière minute. Depuis, le président Trump a imposé un blocus de l’ensemble des ports iraniens de manière à ce que le pays ne puisse plus faire sortir son pétrole pour exportation, la stratégie étant de faire plier l’Iran via une forte pression économique.
Contrôle du détroit d’Ormuz - Des signes contradictoires et des cours du pétrole élevés
De son côté, l’Iran semble avoir le contrôle de facto du détroit d’Ormuz si bien que le volume de navires le traversant a atteint son plus bas niveau depuis le début de la guerre. Selon les données de la Lloyd’s List Intelligence, 35 navires ont traversé du 20 au 26 avril, comparativement à plus de 130 passages avant le conflit. Aussi bien dire que plus rien ne passe ou presque et ceci commence à causer des mots de têtes en Europe particulièrement où l’on crain des pénuries de kérosène utilisé pour l’aviation civile, à la veille des vacances estivales. L’approvisionnement en diesel est également un enjeu pour l’Europe et l’Asie. Les cours du pétrole demeurent élevés et ont même augmenté d’environ 8% en avril. Avec un baril de pétrole frôlant les 110$ US et un prix à la pompe en hausse d’un tier en moyenne aux États-Unis depuis la mi-février, la cote d’approbation du Président Trump est en baisse et moins d’un américain sur trois appuie l’intervention en Iran. Les risques de récession mondiale augmentent avec une hausse du cours prolongé du pétrole. Aussi, les perspectives des républicains aux élections aux élections de mi-mandat s’assombrissent. La solidarité du mouvement MAGA en prend sérieusement pour son rhume et les opinions divergentes au sein du mouvement se fond de plus en plus entendre, certaines émises avec grand bruit par les plus influentes personnalités du mouvement comme on l’a vu avec l’entrevue accordée par Tucker Carlson au prestigieux magazine The Economist ou encore avec les récents propos de Joe Rogan sur son très populaire podcast. Ceux-ci voient les décisions du président Trump en Iran et les impacts sur les prix de l’essence comme une trahison des idéaux du mouvement et pour le peuple américain, littéralement.
Des marchés financiers résilients mais volatils
Les marchés financiers ont quant à eux rattrapé leurs pertes de cet hiver, surtout depuis l’annonce du cessez-le-feu. Plusieurs y voient dans l’attitude de Donald Trump une tentative de sortie de crise rapide. D’ailleurs, plusieurs observateurs notent que lorsque le taux 10 ans États-Unis passe la barre des 4.5%, le président recule, comme on l’a vue avec les aspects les plus controversés des tarifs. Les taux d’intérêts ont significativement augmenté dès que les hostilités en Iran ont débuté, passant de 3.95% pour le taux 10 ans US à plus de 4.40% aujourd’hui. Il serait peut-être optimiste de croire que les cours du pétrole redescendent aussi vite qu’ils ont monté même si la guerre en Iran arrête demain matin. Des dommages ont été faits dans la région et les flux pétroliers et commerciaux ne reprendront pas de façon instantanée selon plusieurs experts. Les prix de l’essence risquent de demeurer élevés pour plusieurs mois encore.
Des prévisions de bénéfices en hausse - l’optimisme demeure
La saison des résultats pour les entreprises qui se déroule en se moment est exceptionnelle avec une croissance des bénéfices prévus pour le S&P500 d’environ 19%, le double de la moyenne historique. Un tel taux de croissance des bénéfices est habituellement vu au sortir d’importantes récessions, comme le montre les données du professeur Robert Shiller de Yale. L’autre cas où l’on a expérimenté ce type de croissance des bénéfices fut à la fin de cycles haussiers, les plus récents cas étant mars 2000 et le début 2007. La prudence est donc de mise même si les analystes de Wall-Street haussent leurs prévisions au fur et à mesure que les bénéfices réalisés montent. Les mages bénéficiaires des entreprises expliquent ces résultats exceptionnels. L’analyse de Factset tout juste publiée au 27 avril est très éclairante à ce sujet : Les marges bénéficiaires nettes des entreprises composant le S&P500 sont de 13.4% pour le premier trimestre de 2026, le plus haut niveau jamais vu depuis que Factset analyse cet élément de l’indice depuis 2009. Les équipements et puces reliés à l’IA ont connu de très fortes hausses de profitabilité au cours des derniers mois. L’un des cas les plus spectaculaires est celui de Miron Technology qui fabrique des puces de mémoire et qui a vu passer sa marge bénéficiaire brute d’environ 38% en 2025 à plus de 80% actuellement. On sait également que les marges brutes pour Nvidia tournent autour de 75%. L’expansion des marges sur les composantes de l’infrastructure IA et le poids de plus en plus important de ce secteur dans l’indice explique pour beaucoup que l’on en-soi à des marges bénéficiaires records actuellement.
La Banque du Canada et la Fed gardent le taux court-terme inchangé malgré une inflation au sommet de la fourchette
Le 29 avril était jour de décision de la politique monétaire pour la Banque du Canada et la Réserve Fédérale américaine. Les deux institutions ont décidé de laisser leur taux neutre (2.25% au Canada et 3.5%-3.75% au États-Unis). La Banque du Canada cite deux forces contraires qui rendent la direction à venir de la politique monétaire difficile à prédire : La guerre en Iran avec ses effets inflationnistes ainsi que l’incertitude concernant la renégociation de l’accord commerciale avec les États-Unis, dont l’échec éventuel pourrait avoir un impact très négatif pour l’économie Canadienne. Du côté de la FED, le comité est divisé entre les considérations d’inflation d’un côté et des taux d’intérêts qui demeurent élevés pour le consommateur, avec un marché immobilier moribond et des premiers acheteurs qui peine à accéder au marché. Jerome Powell sera remplacé à la tête de la FED mais demeurera l’un des Gouverneurs de l’institution, conservant ainsi son vote sur le comité décidant des hausses et baisses de taux. D’ailleurs, le nouveau président de la Réserve Fédéral, Kevin Warsh, ne pourra pas baisser les taux à sa guise et selon le bon vouloir du président Trump, ces décisions étant prise par un vote d’un comité de 12, constitué des 7 gouverneurs de la FED (dont 4 ont été nommés par le président Obama) et par un panel rotatif de 5 présidents des banques régionales. Le vote du président Warsh ne pèse pas plus dans la décision même si le président de la FED a un pouvoir d’influence informel. Warsh a tout de même cru bon rassurer le noyau dur de républicains Trumpiste en acquiesçant qu’il y avait effectivement des doutes quant à l’issue du résultat de l’élection de Biden en 2020 lorsqu’on lui a posé la question devant un comité d’élus… passage obligé pour avoir la confiance du monde MAGA semble-t-il.
Apple aura un nouveau PDG
Apple aura un nouveau PDG à partir de septembre, John Termus, ingénieur mécanique de formation qui était auparavant responsable de l’aspect matériel (« hardware ») de l’ensemble des produits de la firme. Le PDG actuel d’Apple, Tim Cook, laisse un héritage exceptionnel chez Apple, propulsant le IPhone au sommet des ventes, quadruplant le chiffre d’affaires de la firme et innovant avec l’APPStore notamment. Le cours du titre fut multiplié par 19 au cours des 15 ans où Cook en fut le PDG, recyclant une partie des énormes flux de trésorerie générés par Apple dans le rachat d’actions en circulation de la firme. Malgré qu’il hérite d’une entreprise exceptionnellement innovante et performante, le nouveau PDG John Termus ne manquera pas de défis, particulièrement au niveau de l’intégration de IA générative au niveau des produits d’Apple, intégration complexe fut la fermeture des systèmes d’Apple et les nombreux éléments de sécurité de l’information qui y sont intégrés.
Mise en garde de la part du premier banquier privé des États-Unis
Au début avril, dans sa lettre annuelle aux actionnaires, le PDG de la première banque en importance au États-Unis, Jamie Dimon de JPMorgan Chase, a mis en garde les investisseurs contre ce qu’il perçoit comme les grands risques actuellement. Ses principales craintes sont en regard des tarifs, avec les disputes commerciales toujours en cours et loin d’être réglées. Également, M. Dimon est concerné par la hausse de l’inflation exacerbée par la guerre en Iran et bien que les États-Unis soient moins dépendants du pétrole qu’en 1970, un scénario de stagflation avec une croissance économique qui recule et une inflation élevée n’est pas totalement à exclure dans un cas où le conflit s’éterniserait avec des cours du pétrole qui exploseraient. Mises-en-garde également du PDG face au marché du crédit privé, avec les standards de prêts ayant diminués ces dernières années, la qualité de plusieurs de ces prêts privés seraient médiocre. Tout ce cocktail apporterait selon lui des taux d’intérêts significativement plus élevés que ce qui est anticipé actuellement par le marché. Globalement toujours positif sur l’économie dans son ensemble, Jamie Dimon nous a habitué quelque peu à de sombres prédictions qui ne se réalisent pas nécessairement, mais avec toute l’information dont le PDG de l’une des plus grandes banques du monde a accès, difficile de ne pas porter attention à son analyse et son jugement et dans le contexte, l’opinion de Jamie Dimon est certainement d’intérêt.
Notre positionnement
Le contexte actuel et les événements du dernier mois nous a amené à effectuer les modifications suivantes à nos portefeuilles
En conclusion
Nous demeurons à l’affût des développements mondiaux tout en demeurant disciplinée sur notre stratégie à long-terme, meilleur garant de rendements intéressants.
N’hésitez-pas à nous contacter afin de discuter de votre portefeuille ou si vous avez quelque question que ce soit concernant la conjoncture de marché.
Bien à vous,
Équipe Pierre-Luc Soucy